L'ARTISTE

Depuis plusieurs années, Hélène Benzacar photographie des animaux empaillés. Comme une momie, mais aussi comme une photographie, l’animal empaillé est immobile, figé dans la pose conçue par le taxidermiste, préservé des ravages du temps. C’est une sorte de photographie en trois dimensions. La photographie d’un animal empaillé est littéralement une image d’image : une pure allégorie. L’apparence de brillance dans les poils, d’intentionnalité dans le regard, et de naturel dans la pose créent une impression de vie. Comme si le processus photographique avait redonné vie au loup naturalisé. Le faire-vivant de la photographie à partir de la mort comme allégorie de la mimesis. 
André Rouillé
La photographie est pour Hélène un espace qui laisse place à l’imagination de chacun, et où le spectateur est invité à s’interroger sur la véracité de la scène qui lui est présentée. Pour chacune de ses séries, on retrouve une présence humaine et animale. Après avoir trouvé un loup empaillé chez un taxidermiste, celui-ci accompagne l’artiste dans ses différentes fictions. Le récit voit le jour : l’étrange rencontre entre le loup et un enfant. 
L’animal empaillé incarne la perte de toute forme de vie, seulement Hélène replace l’animal dans son milieu naturel où elle lui redonne vie. Ces prises photographiques théâtralisées amènent le spectateur à se demander si la scène est réelle ou non. S’agit-il d’une photographie instantanée semblable à celle d’un documentaire animalier ? N’y-a-t-il pas au contraire, quelque chose d’irréel dans cette proximité étroite entre l’homme et l’animal sauvage ? 
Le travail d’imitation de la réalité (mimèsis) qu’entreprend ici Hélène, vise donc tout autre chose que la simple reproduction. La photographie a d’une certaine manière, la capacité de tromper le spectateur. Lorsque l’on place un animal naturalisé à un certain endroit pour le photographier, on ne constitue pas une scène réelle, mais une scène inventée de toute part. C’est la mise en scène des différents protagonistes qui va rendre la scène probable ou non. Le photographe pourrait apparaître comme un illusionniste qui propose un rapport au monde tout à fait singulier, basé sur l’imaginaire et le rêve. Toutefois, l’art véritable n’est pas une simple source d’illusion, puisque cet art n’est pas seulement la production d’un objet sensible (la photographie), mais la production d’un objet qui nous révèle la beauté du monde. Les polyptiques d’Hélène offrent une expérience unique qui nous invite à regarder la nature avec un nouveau regard. L’artiste nous invite à réfléchir le rapport de l’homme à la nature. 
Il apparaît alors que l’oeuvre photographique d’Hélène Benzacar ne se limite pas à la production finale. Son oeuvre constitue un processus qui se décompose en plusieurs temps. Sa conceptualisation d’abord, c’est-à-dire le moment où l’on imagine la mise en scène. S’ensuit la réalisation, lorsque l’on met en scène ce que l’on veut photographier et qu’on le photographie. L’impression de la série photographique, le choix des supports et de son mode d’exposition constituent enfin le dernier temps.
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